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12/04/2010

Alice in Disneyland

Bon ça doit bien faire trois semaines que j'ai vu le film et que j'ai posté ma première critique, quelque part ailleurs sur internet, mais j'en ai beaucoup parlé depuis et il faut le temps que ça décante cette histoire... Donc voilà enfin mon avis sur le tant attendu dernier film de Tim Burton.

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Je tiens déjà à préciser, pour ceux qui auraient la chance de ne pas le savoir, que Tim Burton est un peu mon réalisateur préféré de tout l'univers, et que du coup je suis particulièrement chiante, exigeante, et critique vis à vis de ses films, il ne faut donc pas m'en vouloir si je  pinaille à mort. Voilà, vous ètes prévenus.

Il faut dire que dès le départ je le sentais pas super bien ce film. Une adaptation d'Alice aux Pays des Merveilles, ok c'était assez évident pour Burton, mais presque trop. Ajoutez à cela une production Disney, un projet en 3D et un tournage quasi intégralement sur fond verts, et je pouvais difficilement partir plus sceptique. Mais c'est bien connu, le fan est râleur de nature.

Résultat: j'ai passé un très bon moment, ce qui est déjà pas mal. Le film se regarde avec un plaisir gourmand, comme on feuillette un beau livre d'images et on en sort avec des visions plus ou moins étranges plein la tête. C'est clair que visuellement Burton s'est fait plaisir et  le film comprend un certain nombre de jolies trouvailles et d'images qu'on dirait peintes à l'aquarelle... Je l'ai vu en 2D et, si on sent que certains plans sont là exprès pour exploiter la 3D, globalement je trouve le film très bien comme ça et je me demande si la 3D apporte vraiment quelque chose en plus (d'après ce qu'on m'en a dit, pas tellement...).

Après le problème c'est qu'on regarde tout ça de très loin, et que l'ensemble manque un peu de vie. Je sais, je suis une sale extrémiste, mais moi j'ai du mal avec le total fond vert et les effets numériques partout. Des fois ça passe très bien, et ici ok, c'est joli, c'est bien fait, mais ça se sent que ce n'est pas vrai, ça manque d'aspérités, de profondeur. On sent d'ailleurs que Burton a souffert de cette absence d'éléments concrets auxquels se rattacher pour bâtir sa mise en scène, car cette dernière est d'une inhabituelle platitude... De plus, qui dit effets spéciaux numériques dit trop souvent recherche de réalisme, pour justement essayer de nous convaincre que tout est bien réel, et si cela passe très bien quand on essaye de "reconstituer" la Terre du Milieu ou Narnia, je ne trouve pas ça follement intéressant quand il s'agit du Pays des Merveilles, qui est justement censé être un endroit complètement surréaliste et stylisé , puisque entièrement issu de l'imagination d'une petite fille (chose que le dessin animé de Disney rendait d'ailleurs très bien) C'est surtout assez décevant de la part de Tim Burton qui, de Beetlejuice à Sleepy Hollow, nous a habitué à des délires visuels bien plus originaux qu'ici.

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Du coté des personnages, c'est clair qu'ils sont plutôt attachants, et là encore bravo pour le casting 5 étoiles, qui fourmille de surprises et de seconds rôles sympas. Johnny Depp a déjà fait mieux mais sa performance reste agréable, quelque part entre Edward et Ichabod Crane, et Helena Bonham Carter fait toujours une aussi bonne méchante. Du coté des petits nouveaux, j'ai trouvé Alice parfaite et j'espère qu'on la reverra bientôt, et j'ai un gros faible pour la Reine Blanche éthérée et un peu sous acides de Anne Hathaway et pour le très classe et très méchant Valet de Coeur de Crispin Glover. Sinon j'ai adoré le Bandersnatch que je trouve trop mignon, et le dragon final est à tomber, surtout quand il se met à parler avec la voix de Christopher Lee. Une belle galerie donc, mais qui encore une fois peine un peu à exister au milieu de tout ce numérique, et surtout au sein d'une histoire pas vraiment à leur avantage.

Car pour moi le principal problème (en dehors de cette difficulté à gérer le numérique) c'est le scénario, qui est quand même quelque peu moisi... J'aimais beaucoup l'idée d'offrir une sorte de "suite" aux livres de Lewis Carroll en faisant revenir à Wonderland une Alice de 19 ans, mais finalement l'idée n'est pas du tout exploitée, au point qu'on se demande vraiment où le film veut en venir, et en quoi les aventures d'Alice vont l'aider à affronter sa vie d'adulte une fois de retour hors du terrier. L'Alice presque adulte est traitée quasiment comme l'Alice enfant et passe tout le film à se demander si ce qu'elle vit est bien réel, et c'est pas qu'on en a rien à carrer et que c'est pas le sujet, mais un tout petit peu quand même... L'histoire en elle-même est sympathique, mais sans plus, et surtout basée sur un manichéisme qui fait un peu tache dans un univers sensé être basé sur le nonsense et la folie généralisée. J'ai quand même bien aimé certains des moments de pur fantasy, comme le combat final contre le dragon, et j'apprécie beaucoup la fin (je l'aurais cependant aimé plus longue: quand on a la chance de filmer sur un bateau, on en profite merde! ) mais bon l'ensemble manque un peu de profondeur.

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C'est surtout ça le truc: paradoxalement le film manque de folie, et surtout de quelque chose de véritablement burtonien. Ok il y a plein de détails qui nous montrent qu'on est bien chez lui, la Reine Rouge est en fait une incomprise qui cache ses doutes et ses blessures derrière une haine généralisée pour les gens qui l'entourent, il y a des éléments délicieusement morbides, la belle Reine Blanche a des goûts culinaires que n'aurait pas renié Mrs Lovett, et je vous laisse deviner qui fait office de Prince Charmant... mais ça ne va pas tellement plus loin. Contrairement à d'habitude je n'ai pas passé tout le film à m'émerveiller devant chaque détails et chaque expression faciale de Johnny Depp. Il manque vraiment un grain de folie, même chez le Chapelier, qui est peut-être cliniquement fou mais qui semble bien moins inquiétant et ravagé du bulbe que Willy Wonka... Enfin bon j'ai l'impression d'être super négative, mais ça n'empêche pas que j'ai passé un excellent moment et que je me suis vraiment laissée transporter par le film, c'est juste que j'attendais encore plus d'un film de Burton et que du coup je ne peux pas m'empêcher de voir les défauts. Je le reverrai néanmoins avec plaisir, et je vais sûrement apprendre à plus l'aimer avec le temps.

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Bref c'était sympa, mais j'ai hâte de voir Burton retourner faire le débile avec des marionnettes et des morts-vivants. Maintenant je veuuux qu'il s'attèle à son projet d'adaptation de Dark Shadows, je veuuuuuux Johnny Depp en vampire, je veuuuux une vieille maison biscornues entourées de tombes en cartons et pleine d'inventions bizarres, bref j'exige un retour aux VRAIES valeurs!

21:48 Écrit par Eledhwen dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (5)